Arbonovateur : de la fertilisation à la ferti-irrigation

L’association Arbonovateur et ses arboriculteurs membres réalisent un travail important d’investigation sur la pratique de la ferti-irrigation. L’apport des engrais dans l’eau des systèmes d’irrigation localisés (« fertigation », « ferti-irrigation » ou « irrigation fertilisante ») est une pratique en cours de déploiement en arboriculture fruitière en Occitanie.

Celle-ci aide à l’application correcte et économe  des éléments minéraux au sol pour une meilleure utilisation par la plante (au service du calibre et de la qualité des fruits) et une gestion efficiente des ressources en eau et minérales.

En arboriculture 80 % des problèmes d’alimentation minérale sont liés à une mauvaise gestion de l’alimentation hydrique. Les d’engrais apportés au sol ne sont souvent pas disponibles pour les arbres fruitiers.

Les pertes d’azote par volatilisation ou lessivage sont importantes. Les apports en surface de phosphore ne sont pas disponibles. Les surdosages en potasse sont fréquents et les apports en calcium et magnésium sont très dépendants des flux hydrique.

D’où l’idée, au sein de l’association Arbonovateur, de minimiser les pertes de fumures par lessivage et d’augmenter l’efficience de l’utilisation des engrais, en distribuant la solution nutritive par le système d’irrigation localisé.

Avantages et inconvénients de la ferti-irrigation

Les principaux avantages de la ferti-irrigation sont les suivants : une grande efficience de l’utilisation de l’eau et des engrais (diminution du lessivage), un bon équilibre de la solution nutritive au niveau des racines, une grande flexibilité des moments d’apport des fumures en relation avec les besoins de la plante (stades de développement) et une économie de main d’oeuvre pour l’application des engrais.

Les principaux inconvénients de la ferti-irrigation sont : difficulté d’apporter des engrais en cas de sol saturé en eau ou sec (pluie, arrêt de l’irrigation) et le colmatage des goutteurs en cas de de mauvaise gestion du rinçage et des équilibres de la solution nutritive.

En ferti-irrigation, à la fois l’irrigation et la fertilisation doivent être pilotées en fonction de critères précis. Lorsqu’on ne les respecte pas des anomalies apparaissent rapidement : élévation du taux de salinité, sur-fertilisation ou sous-alimentation hydrique et minérale, pertes des éléments nutritifs par lessivage…etc. Ces anomalies sont à l’origine de l’apparition de facteurs limitant une production de qualité. Par conséquent, l’utilisation d’outils de pilotage l’irrigation connectés est obligatoire en ferti-irrigation (sondes climatiques, sondes des suivis de l’état hydrique du sol, capteurs plantes). Il faut aussi raisonner la fertilisation en fonction du niveau de rendement recherché et selon la fertilité du sol. Des analyses de sol, de sèves et foliaires régulières sont indispensables pour corriger rapidement les déséquilibres.

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Bien connaitre son sol et les besoins de la culture

La connaissance de la dynamique des éléments minéraux dans le sol et des différences d’absorption de leurs formes par les plantes renseigne sur le choix des engrais. Par exemple engrais à base de sulfure baisse le pH du sol. Un excès d’un élément risque de bloquer un autre élément qui devient peu disponible à la plante (cas de l’antagonisme K/Mg et K/Ca). Si l’eau d’irrigation est riche en sulfates, il est préférable d’apporter Mg sous forme de nitrate de magnésie.

Par ailleurs, les exigences des cultures diffèrent selon les espèces, variétés et stades physiologiques. Pour chaque stade et chaque variété, il est possible d’avoir une solution nutritive adaptée. Il n’y a pas de solution nutritive passe par tout. Il faut raisonner la composition des solutions nutritives en fonction des données du milieu, de culture et des contraintes. La première phase d’une culture (phase végétative) nécessite plus de N et de P que de K. La phase de grossissement du fruit nécessite plus de K que de N ou P. Pour une meilleure qualité des produits et lors d’un stress, il faut majorer les apports en potasse (élément régulateur de stress).

La ferti-irrigation doit être complétée par des pulvérisations d’engrais foliaire à base d’oligoéléments et par un apport de compost pour les cultures qui le nécessitent. Souvent, la ferti-irrigation est pilotée par la conductivité électrique de la solution nutritive adaptée au stade de la culture: les faibles conductivités électrique sont réservées à la croissance végétative; les fortes sont adaptées au grossissement des fruits. Le taux souhaité est 1,5 à 1,8 mS/cm en cours de végétation et de 2 à 2,5 mS/cm en phase de grossissement des fruits. En agissant sur le débit de l’eau et le taux d’injection des engrais, on peut ajuster la conductivité électrique aux besoins. En général, la fréquence d’apport en ferti-irrigation ne dépasse pas une fois par jour, le temps est largement suffisant pour permettre aux éléments d’être absorbés par la plante. Les contrôles doivent être quotidiens: il faut suivre le pH de la solution fille (à mesurer au niveau des goutteurs. Le pH est correct entre 6,5 et 7. Sinon, il faut revoir la composition de la solution et la corriger. Le contrôle concerne aussi la vérification de l’état du matériel d’injection ou de distribution, l’état des filtres par mesure de la pression (utilisation des manomètres). Le nettoyage des filtres est important à la fin de chaque campagne ou après une erreur de mélange d’engrais incompatibles (laissant des précipités dans le bac).

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